Mettre un kimono paraît simple : on enfile, on croise, on noue. En réalité, l'habillage traditionnel japonais (kitsuke) suit un ordre précis, avec des règles qui ne souffrent aucune exception, comme le sens du croisement. Et le kimono moderne, cette veste ouverte portée en Europe, obéit à d'autres logiques : longueur, ceinture, superposition. Ce guide détaille les deux cas, étape par étape, pour savoir comment mettre un kimono correctement, que ce soit un kimono japonais complet, un yukata d'été, une veste kimono ou un kimono d'intérieur.
La règle numéro un : croiser le pan gauche sur le pan droit
Avant toute chose, une règle s'applique à tous les kimonos, pour les femmes comme pour les hommes : le pan gauche passe par-dessus le pan droit. Vu de face, le col forme donc un « y » et non un « y » inversé. Un moyen mnémotechnique : la main droite doit pouvoir se glisser facilement dans l'ouverture du col, comme dans une poche.
Le croisement inverse, droit sur gauche, est réservé au Japon à l'habillage des défunts avant la crémation. Le porter ainsi en public est considéré comme une faute grave, ou au minimum comme un signe évident que l'on ne connaît pas le vêtement. Cette règle vaut aussi pour les vestes kimono et les peignoirs d'inspiration japonaise, même si personne ne vous en tiendra rigueur en Europe.
Comment mettre un kimono japonais traditionnel (femme)
L'habillage complet d'un kimono féminin demande entre 20 et 45 minutes selon l'expérience. Voici l'ordre des couches, de l'intérieur vers l'extérieur.
Étape 1 : les sous-vêtements
- Hadajuban : chemise courte en coton, portée à même la peau.
- Susoyoke : jupon fin qui évite que le kimono ne colle aux jambes.
- Tabi : chaussettes à orteil séparé. On les met en premier, car une fois l'obi noué, il devient difficile de se pencher.

Le soutien-gorge classique est déconseillé : le kimono cherche une silhouette droite, sans relief. Les Japonaises utilisent au besoin des serviettes roulées pour combler le creux de la taille et obtenir une ligne cylindrique.
Étape 2 : le nagajuban
Le nagajuban est un kimono léger porté sous le kimono. Son col, souvent blanc ou décoré, dépassera légèrement au niveau de la nuque. On l'enfile, on croise gauche sur droit, on ajuste le col pour qu'il dégage la nuque de la largeur d'un poing (les femmes) ou qu'il colle au cou (les hommes), puis on le maintient avec un koshihimo (cordon) et un datejime (ceinture plate).
Étape 3 : enfiler le kimono et régler la longueur
- Passez le kimono sur les épaules et faites coïncider les coutures du dos avec votre colonne vertébrale.
- Saisissez les deux pans du col à la même hauteur et soulevez le kimono pour que l'ourlet du bas effleure le dessus des pieds.
- Ramenez le pan droit vers la hanche gauche, puis le pan gauche par-dessus vers la hanche droite. L'ourlet du pan gauche doit remonter très légèrement pour ne pas traîner en marchant.
- Nouez un premier koshihimo juste au-dessus des hanches pour bloquer cette longueur.
Étape 4 : former l'ohashori
Le kimono féminin est volontairement trop long. L'excédent se replie à la taille et forme l'ohashori, un pli horizontal d'environ 7 à 10 cm qui dépasse sous l'obi. Pour le former : passez les mains sous les aisselles, tirez le tissu vers le bas pour lisser le dos et le devant, égalisez le pli tout autour de la taille, puis fixez-le avec un second koshihimo et un datejime. Un ohashori régulier est le signe d'un habillage réussi.
Étape 5 : ajuster le col
Le col du kimono doit dessiner un V net. Tirez légèrement le dos du col pour que le nagajuban apparaisse de 1 à 2 cm. Chez la femme, la nuque est dégagée ; chez l'homme, le col reste près du cou. Le point de croisement des cols doit tomber au creux de la gorge, ni plus haut, ni plus bas.
Étape 6 : nouer l'obi
L'obi féminin mesure 30 cm de large sur 3,60 à 4,50 m de long. Les nœuds les plus courants :
| Nœud | Forme | Occasion | Difficulté |
|---|---|---|---|
| Otaiko | Rectangle plat dans le dos, ressemblant à un tambour | Le plus courant, formel et semi-formel, femmes mariées et célibataires | Moyenne, nécessite un obi-makura (coussinet) et un obiage |
| Bunko | Papillon aux ailes retombantes | Yukata, jeunes femmes, festivals | Facile, souvent pré-noué sur les obis d'été |
| Kai-no-kuchi | Nœud plat en forme de bouche de coquillage | Kimono masculin, yukata | Facile |
| Fukura-suzume | Moineau aux ailes déployées | Furisode, cérémonie de majorité | Difficile, souvent réalisée par une habilleuse |
Pour l'otaiko, on enroule l'obi deux fois autour de la taille, on forme la boucle dans le dos avec le coussinet, on passe l'obiage (écharpe de soie) par-dessus le coussinet et on bloque l'ensemble avec l'obijime, un cordon tressé noué devant.

Étape 7 : les accessoires finaux
- Obiage : glissé dans le haut de l'obi, seul un fin liseré doit apparaître.
- Obijime : noué au centre de l'obi, ses extrémités sont rentrées sur les côtés.
- Zōri : sandales à semelle plate ou légèrement compensée, portées avec les tabi.
- Haori : veste courte portée ouverte par-dessus, retenue par un cordon (haori-himo) en hiver ou lors des sorties.

Comment mettre un kimono japonais traditionnel (homme)
L'habillage masculin est plus rapide : dix minutes suffisent. Les différences avec l'habillage féminin :
- le kimono est coupé à la bonne longueur, il n'y a pas d'ohashori à former ;
- le col reste collé à la nuque, sans dégagement ;
- l'obi (kaku obi, environ 8 à 10 cm de large) se noue bas, sur les hanches, sous le ventre, et non à la taille ;
- le nœud kai-no-kuchi se fait dans le dos, légèrement décalé sur le côté ;
- pour une tenue formelle, on ajoute le hakama, pantalon-jupe plissé noué par-dessus l'obi, et le haori noir à blasons.
Les vestes croisées inspirées du haori, comme celles de la sélection veste kimono homme, se mettent de la même façon qu'une veste ouverte : elles ne se croisent pas et ne se nouent pas, elles restent ouvertes sur un t-shirt ou une chemise. Les modèles à col droit et manches courtes présentés dans la catégorie chemise kimono homme se portent quant à eux fermés par des boutons ou ouverts, comme une surchemise.
Comment mettre un yukata (kimono d'été en coton)
Le yukata est la version simplifiée du kimono, portée l'été aux festivals et dans les auberges thermales. Il se met directement sur les sous-vêtements, sans nagajuban, et l'obi est plus étroit (hanhaba obi, environ 15 cm). La méthode :
- Enfilez le yukata, alignez la couture du dos.
- Réglez la longueur à la cheville, croisez droite puis gauche par-dessus.
- Nouez un cordon à la taille, formez un ohashori court.
- Enroulez l'obi deux fois et faites un nœud bunko (femme) ou kai-no-kuchi (homme) dans le dos.
- Chaussez des geta (sandales en bois) pieds nus.

Dans les auberges (ryokan), le yukata fourni sert de vêtement d'intérieur et de pyjama. On le noue simplement avec la ceinture fournie, le nœud placé sur le côté ou devant pour ne pas gêner le sommeil. C'est cet usage détendu qu'on retrouve dans les pièces d'intérieur croisées des sélections pyjama kimono femme et kimono d'intérieur femme.
Comment mettre une veste kimono (kimono moderne)
En Europe, « mettre un kimono » désigne le plus souvent enfiler une veste kimono : une pièce ouverte, sans bouton, à manches larges et col en V, portée par-dessus une tenue. Il n'y a pas d'obi ni de couches à respecter, mais quelques repères améliorent nettement le résultat.
Ouvert ou fermé ?
| Façon de le mettre | Effet | Quand le choisir |
|---|---|---|
| Ouvert, pans tombants | Allonge la silhouette, laisse voir le haut porté dessous | Kimono long, tenue de jour, superposition sur robe ou jean |
| Croisé gauche sur droit et ceinturé | Marque la taille, transforme la pièce en robe portefeuille | Kimono long en satin ou en soie, soirée, kimono d'intérieur |
| Ouvert avec une ceinture fine par-dessus | Structure sans fermer, garde le mouvement des pans | Kimono fluide mi-long, tenue de ville |
| Un pan rentré dans le pantalon | Casse la longueur, style décontracté | Kimono court en coton ou viscose, jean taille haute |
Une pièce à ceinture intégrée, comme celles de la catégorie robe kimono, se met exactement comme un kimono traditionnel : on croise gauche sur droit, on tend le pan intérieur vers la hanche opposée, puis on noue la ceinture sur le côté ou dans le dos pour garder le devant lisse.
Régler la longueur des manches
Les manches kimono sont larges et souvent longues. Trois possibilités : les laisser tomber (kimono en soie ou satin, effet fluide), les retrousser une fois au poignet (kimono en coton ou en lin, effet décontracté), ou les remonter jusqu'au coude si la veste est doublée, pour montrer l'envers du tissu, comme sur les modèles réversibles de la sélection veste kimono matelassée.
Le placement du col
Le col d'une veste kimono doit reposer sur les épaules sans tirer vers l'arrière. Si le col glisse en marchant, c'est que la pièce est trop grande ou que le tissu est trop lourd pour la coupe. Un truc emprunté au kitsuke : tirez les deux pans vers le bas et l'avant en même temps, puis relâchez ; le col se place naturellement le long de la clavicule.
Comment mettre un kimono d'intérieur ou un peignoir kimono
Le peignoir kimono est la version occidentale du yukata de ryokan. Il se met en trois gestes :
- Enfilez le peignoir, faites coïncider la couture du dos avec la colonne.
- Croisez le pan droit puis le pan gauche par-dessus (toujours gauche sur droit).
- Nouez la ceinture à la taille d'un nœud plat sur le côté ; les passants situés sur les coutures latérales servent à maintenir la ceinture en place.
Pour les pièces longues en matière épaisse, comme celles réunies dans la catégorie kimono polaire ou dans la sélection kimono d'hiver, nouez la ceinture un peu au-dessus de la taille naturelle : le tissu lourd tire vers le bas et le nœud descend d'un ou deux centimètres en quelques minutes. Les modèles plus légers de la catégorie peignoir kimono femme ou peignoir kimono homme peuvent se nouer directement à la taille.
Les erreurs les plus fréquentes quand on met un kimono
- Croiser droit sur gauche : l'erreur la plus grave, à éviter dans tous les cas.
- Mettre les tabi ou les chaussettes en dernier : une fois l'obi serré, se baisser devient difficile.
- Un ohashori inégal : le pli doit être horizontal et de même hauteur devant et derrière.
- Un col trop ouvert : chez la femme, le V ne doit pas descendre sous le creux de la gorge ; chez l'homme, il reste fermé.
- Un obi noué trop haut chez l'homme : il doit reposer sur les hanches, pas à la taille.
- Marcher à grands pas : le kimono impose des petits pas ; les pans s'ouvrent sinon et le bas se dérange.
- Lever les bras sans tenir la manche : la manche opposée doit être retenue avec l'autre main pour ne pas dévoiler l'avant-bras ni tremper la manche.
- Nouer la ceinture d'une veste kimono trop serrée : le tissu se froisse à la taille et les pans tirent ; un nœud souple suffit.
Les gestes à connaître une fois le kimono mis
S'asseoir
Avant de s'asseoir, on lisse l'arrière du kimono avec la main pour éviter de s'asseoir sur les plis, puis on s'assied sur le bord de la chaise sans écraser le nœud de l'obi. Sur un tatami, on s'agenouille en position seiza, les pans rabattus sous les genoux.
Monter un escalier
On pince légèrement le pan gauche du kimono au niveau de la cuisse pour relever l'ourlet de quelques centimètres, sans découvrir la jambe.
Ranger un kimono après l'avoir porté
Le kimono traditionnel se plie à plat selon un schéma précis (hondatami) qui suit les coutures, puis se range dans un papier tatōshi. Une veste kimono moderne se suspend sur un cintre large pour que les manches ne marquent pas, ou se plie en trois dans le sens de la longueur, manches rabattues vers l'intérieur.
Foire aux questions
Combien de temps faut-il pour mettre un kimono ?
Un yukata se met en 5 à 10 minutes. Un kimono féminin complet demande 20 à 45 minutes, et un furisode avec un nœud élaboré peut nécessiter une heure avec l'aide d'une habilleuse. Une veste kimono se met en quelques secondes.
Peut-on mettre un kimono seul ?
Oui. Les Japonaises apprennent le kitsuke dans des écoles spécialisées, mais l'otaiko et le bunko se font seule devant un miroir avec un peu d'entraînement. Les obis pré-noués (tsuke obi) simplifient beaucoup l'exercice.
Faut-il porter quelque chose sous une veste kimono ?
Toujours : un débardeur, un t-shirt, une chemise, un body ou un maillot de bain. La veste kimono est une pièce de superposition, pas un vêtement de dessous.
De quel côté nouer la ceinture d'un kimono ?
Pour un kimono traditionnel, le nœud de l'obi se fait dans le dos. Pour un peignoir ou un kimono d'intérieur, sur le côté ou devant. Pour une veste kimono ceinturée, au choix : devant pour un effet portefeuille, sur le côté pour un devant lisse.
Peut-on mettre un kimono en hiver ?
Oui. Au Japon, le kimono d'hiver est doublé (awase) et se complète d'un haori, d'un châle ou d'un manteau à manches larges. En Europe, un kimono long en matière épaisse ou une pièce matelassée joue ce rôle, comme les modèles de la sélection manteau kimono, qui se mettent comme un manteau classique, ouverts ou ceinturés.
En résumé
Pour mettre un kimono traditionnel : sous-vêtements et tabi, nagajuban, kimono croisé gauche sur droit, longueur réglée, ohashori, col ajusté, obi noué dans le dos, accessoires. Pour un yukata : la même chose sans nagajuban, avec un obi étroit. Pour une veste kimono ou un peignoir : croisement gauche sur droit si la pièce se ferme, ceinture souple, col posé sur les clavicules, manches réglées selon la matière. Dans tous les cas, la seule règle que personne ne discute reste le sens du croisement.