Quel pays a pour kimono une tenue traditionnelle

Femmes en kimono à Kyoto, Japon, pays dont le kimono est la tenue traditionnelle

Le kimono est l'un des vêtements les plus reconnaissables au monde. Ses manches larges, son col croisé et sa ceinture nouée dans le dos évoquent immédiatement un pays précis. Pourtant, la question « quel pays a pour kimono une tenue traditionnelle ? » mérite une réponse plus complète qu'un simple nom, car le mot kimono désigne aujourd'hui plusieurs réalités : un habit national codifié, une famille de vêtements croisés présents dans toute l'Asie de l'Est, et une pièce de garde-robe adoptée bien au-delà de ses frontières d'origine.

La réponse courte : le kimono est la tenue traditionnelle du Japon

Le kimono (着物) est le vêtement traditionnel du Japon. Le mot se compose de kiru (porter) et mono (chose) : littéralement « la chose que l'on porte ». Jusqu'à l'ouverture du pays à l'Occident au XIXe siècle, le terme désignait tout simplement le vêtement en général. Ce n'est qu'avec l'arrivée des costumes européens, appelés yōfuku (vêtements occidentaux), que le mot kimono a pris son sens actuel de vêtement japonais, par opposition aux habits venus d'ailleurs. On parle aussi de wafuku (vêtement japonais) pour désigner l'ensemble de la garde-robe traditionnelle.

Au Japon, le kimono n'est pas seulement un costume folklorique. Il reste porté pour les mariages, les cérémonies de passage à l'âge adulte (seijin shiki), les cérémonies du thé, les fêtes d'été, les funérailles et les obtentions de diplômes. Certaines professions, comme les geishas, les maîtres de thé, les lutteurs de sumo ou les acteurs de kabuki, le portent encore quotidiennement.

D'où vient le kimono japonais ?

Les racines chinoises du vêtement croisé

Le kimono descend d'un vêtement importé de Chine. Aux Ve et VIe siècles, les échanges diplomatiques avec les dynasties chinoises apportent au Japon les robes à col croisé de la cour des Tang. Ces vêtements, ancêtres du hanfu chinois, sont adoptés par l'aristocratie japonaise puis progressivement transformés. La forme en T, le col en V et le croisement gauche sur droit viennent de cette période.

L'époque de Heian : le kosode devient le vêtement de base

Entre 794 et 1185, la cour impériale de Heian développe un style vestimentaire propre au Japon. Les femmes de la noblesse portent le jūnihitoe, une superposition de douze couches de robes de soie. Sous ces couches se trouve le kosode, un vêtement à petites manches. C'est ce kosode, d'abord réservé aux sous-vêtements, qui va lentement remonter à la surface et devenir le kimono que l'on connaît.

L'époque d'Edo : l'âge d'or du kimono

De 1603 à 1868, le Japon vit en paix sous le shogunat Tokugawa. La classe marchande s'enrichit et investit dans le textile. Les teinturiers de Kyoto perfectionnent la technique du yūzen, les tisserands de Nishijin produisent des brocarts pour les obis, et les manches s'allongent pour donner naissance au furisode. Les codes qui régissent encore le kimono aujourd'hui (motifs saisonniers, longueur des manches selon l'état civil, couleurs selon l'âge) se fixent à cette époque.

Estampe de Toyohara Chikanobu : femme et enfant en kimono, fin du XIXe siècle
Estampe de Toyohara Chikanobu (1838-1912), domaine public

L'ère Meiji et le déclin

À partir de 1868, l'État japonais impose l'habit occidental aux fonctionnaires, aux militaires, aux policiers et aux enseignants. Le kimono recule dans la vie quotidienne, tout en restant la tenue des grandes occasions. Après 1945, l'occidentalisation s'accélère et le kimono devient un vêtement de cérémonie porté quelques fois par an.

Le kimono, tenue traditionnelle d'un seul pays ? Le cas des îles Ryūkyū

Quand on cherche quel pays a pour kimono une tenue traditionnelle, on oublie souvent qu'à l'intérieur même du Japon actuel, une autre tradition vestimentaire a existé. L'archipel d'Okinawa formait jusqu'en 1879 le royaume indépendant de Ryūkyū, avec sa propre langue, sa propre cour et son propre costume : le ryūsō (琉装).

Le ryūsō ressemble au kimono japonais mais s'en distingue par plusieurs points :

  • il se porte sans obi rigide, simplement maintenu par une fine cordelette ou porté ouvert, à cause du climat subtropical ;
  • les manches sont très larges et ouvertes pour laisser circuler l'air ;
  • les tissus sont teints selon la technique du bingata, une teinture au pochoir aux couleurs vives (jaune safran, rouge, bleu indigo) réservée à la famille royale et à l'aristocratie ;
  • le jaune, couleur impériale en Chine, était réservé au roi de Ryūkyū, alors qu'au Japon cette couleur n'a jamais eu ce statut.

Le ryūsō est encore porté à Okinawa lors des mariages, des festivals et des danses traditionnelles ryūkyū buyō. Il rappelle que le Japon n'a pas une, mais deux traditions de vêtement croisé.

Ryūsō en bingata, vêtement traditionnel du royaume de Ryūkyū (Okinawa)
Kimono ryūkyū en bingata, XIXe siècle, domaine public

Les techniques du kimono reconnues par l'UNESCO

Le kimono lui-même n'est pas inscrit en tant que vêtement sur les listes de l'UNESCO. En revanche, deux techniques textiles exclusivement destinées à la fabrication de kimonos figurent sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité :

Technique Région Matière Année d'inscription à l'UNESCO
Ojiya-chijimi et Echigo-jōfu Préfecture de Niigata (région d'Uonuma) Ramie (fibre végétale) 2009
Yūki-tsumugi Préfectures d'Ibaraki et de Tochigi (ville de Yūki) Soie (fil de bourre de soie filé à la main) 2010

Le Yūki-tsumugi est une soie tissée à la main sur un métier jibata, où la tension du fil est assurée par le corps de la tisserande. Un seul rouleau de tissu pour kimono (tanmono, environ 12 mètres) peut demander plusieurs mois de travail. L'Echigo-jōfu est un tissu de ramie très fin, blanchi en étendant les pièces sur la neige au printemps (yuki-sarashi), utilisé pour les kimonos d'été de haute qualité. Ces deux inscriptions confirment le statut du kimono comme patrimoine vivant du Japon, reconnu au niveau international.

La journée nationale du kimono au Japon

Le Japon a instauré une journée dédiée à son vêtement traditionnel : le 15 novembre est la « journée du kimono » (kimono no hi, きものの日). Cette date a été fixée en 1966 par la Fédération japonaise pour la promotion du kimono (Zen-Nihon Kimono Shinkō-kai). Elle coïncide avec le Shichi-go-san, fête où les enfants de trois, cinq et sept ans sont présentés au sanctuaire vêtus de kimono. Ce jour-là, de nombreuses villes organisent des défilés, des ateliers d'habillage et des réductions dans les musées pour les visiteurs en kimono. Chaque année, à cette occasion, des groupes de passionnés tentent de mobiliser le plus grand nombre possible de personnes en kimono dans les rues de Kyoto, Tokyo ou Kanazawa.

Les vêtements cousins du kimono en Asie

Le kimono japonais appartient à une grande famille de vêtements croisés née en Chine ancienne. Plusieurs pays d'Asie ont leur propre version, souvent confondue avec le kimono par les Occidentaux. Voici comment les distinguer.

Hanfu, vêtement traditionnel chinois, ancêtre du kimono
Photo : Allervous, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Pays Nom du vêtement Caractéristiques principales Différence avec le kimono japonais
Japon Kimono / wafuku Forme en T, col croisé gauche sur droit, obi large noué dans le dos Référence
Chine Hanfu Robe croisée avec jupe ou pantalon, ceinture fine, manches souvent très amples Pas d'obi rigide, silhouette plus fluide, ceinture nouée devant ou sur le côté
Corée Hanbok Veste courte (jeogori) et jupe bouffante (chima) ou pantalon (baji) Deux pièces distinctes, volume à la taille, ruban noué devant (otgoreum)
Vietnam Áo dài Tunique longue fendue sur les côtés portée sur un pantalon ample Coupe près du corps, col mao, pas de croisement
Okinawa (ancien royaume de Ryūkyū) Ryūsō Kimono ample sans obi, teinture bingata Absence de ceinture large, manches ouvertes, couleurs vives
Bhoutan Gho (hommes) / Kira (femmes) Robe croisée retenue par une ceinture, portée aux genoux pour les hommes Longueur raccourcie par un pli, ceinture kera tissée

Tous ces vêtements partagent un ancêtre commun mais ont évolué séparément pendant plus de mille ans. Le kimono se reconnaît à trois signes : le croisement gauche sur droit systématique, l'obi large noué dans le dos et l'absence de découpe au niveau des épaules (les manches sont cousues à angle droit).

Hanbok, vêtement traditionnel coréen, souvent confondu avec le kimono
Photo : IssamBarhoumi, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Comment reconnaître un kimono japonais authentique ?

Un kimono traditionnel japonais obéit à une construction précise, indépendante de la taille de la personne qui le porte :

  • Un seul rouleau de tissu : le tanmono mesure environ 36 à 40 cm de large sur 12 mètres de long et suffit pour un kimono complet. Toutes les pièces sont des rectangles, sans chute.
  • Aucune courbe : les emmanchures, le col et les côtés sont droits. L'ajustement se fait au moment de l'habillage grâce aux plis et aux cordons.
  • Une longueur volontairement excessive : le kimono féminin est plus long que la taille de la porteuse ; l'excédent est replié à la taille pour former l'ohashori.
  • Des coutures démontables : le kimono est cousu à la main avec des points larges pour pouvoir être décousu, lavé à plat, puis recousu (technique du arai-hari).
  • Des motifs placés : sur un kimono formel, le dessin est peint ou tissé pour se raccorder aux coutures, ce qui n'est possible que si le vêtement a été décoré après la coupe.

Les pièces d'inspiration japonaise vendues en Europe reprennent la silhouette générale (manches larges, col en V, ouverture frontale) mais adoptent des coupes ajustées, des longueurs variées et des tissus légers. C'est le cas par exemple des modèles regroupés dans la sélection kimono japonais, qui reprennent les motifs traditionnels (grues, vagues, fleurs de cerisier) dans une coupe contemporaine, ou des pièces plus fidèles aux codes d'origine présentées dans la catégorie kimono japonais traditionnel.

Les grandes familles de kimonos au Japon

Kimonos féminins, du plus formel au plus décontracté

  1. Kurotomesode : noir, cinq blasons familiaux, motif uniquement sous la taille. Porté par les femmes mariées lors des mariages de leurs proches.
  2. Furisode : manches longues de 100 à 110 cm, couleurs vives, porté par les jeunes femmes célibataires, notamment pour la cérémonie de majorité.
  3. Irotomesode : version colorée du tomesode, un à cinq blasons.
  4. Hōmongi : « kimono de visite », motif continu qui traverse les coutures, adapté aux réceptions.
  5. Tsukesage : motifs plus discrets que le hōmongi, ne se raccordant pas aux coutures.
  6. Iromuji : uni, sans motif, apprécié pour la cérémonie du thé.
  7. Komon : petits motifs répétés sur toute la surface, pour la ville et les sorties informelles.
  8. Yukata : coton non doublé, porté l'été, aux festivals et dans les auberges thermales.
Furisode, kimono à manches longues des jeunes femmes japonaises
Photo : Mr.ちゅらさん, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Kimonos masculins

Le kimono masculin est plus sobre : couleurs sombres (noir, bleu marine, gris, brun), motifs discrets ou absents, obi étroit d'environ 8 à 10 cm noué bas sur les hanches. La tenue formelle se compose du kimono noir à cinq blasons, du hakama (pantalon-jupe plissé) et du haori (veste courte portée ouverte). C'est ce haori qui a inspiré la plupart des vestes croisées à manches larges, comme celles réunies dans la sélection kimono homme ou dans les modèles courts de la catégorie veste kimono homme.

Kimono homme avec haori et hakama, tenue formelle japonaise
Photo : Tamago915, CC BY 2.5, via Wikimedia Commons

Les matières traditionnelles du kimono

Matière Usage au Japon Saison
Soie (kinu) Kimonos formels, furisode, tomesode, hōmongi Toute l'année, doublée en hiver (awase), non doublée en été (hitoe)
Coton (momen) Yukata, kimonos de travail, vêtements d'intérieur Été
Lin et ramie (asa) Kimonos d'été de qualité, jōfu Juillet et août
Laine (ūru) Kimonos de ville décontractés, très répandus dans les années 1950-1970 Hiver
Polyester Kimonos de location, kimonos lavables du quotidien Toute l'année

Cette logique saisonnière se retrouve dans les pièces contemporaines : les modèles fluides de la catégorie kimono en soie reprennent le tombé des kimonos formels, tandis que les pièces réunies dans la sélection kimono en coton et kimono en lin correspondent à l'esprit du yukata et des kimonos d'été.

Le kimono en dehors du Japon : de l'exotisme à la garde-robe mondiale

Le japonisme au XIXe siècle

Dès l'ouverture du Japon en 1854, les kimonos arrivent en Europe. Les peintres impressionnistes (Monet, Whistler, Van Gogh) les représentent, les grands magasins parisiens en vendent, et les couturiers s'emparent de la coupe droite. Paul Poiret abandonne le corset vers 1906 en s'inspirant notamment de la ligne du kimono. Madeleine Vionnet et, plus tard, Cristóbal Balenciaga travaillent la manche kimono, coupée d'une seule pièce avec le corps du vêtement.

Les années 1920 : le kimono d'intérieur

Entre les deux guerres, le kimono devient en Occident un vêtement d'intérieur féminin : peignoir de soie, robe de chambre à motifs japonais, déshabillé. Cet usage perdure aujourd'hui dans les pièces d'intérieur croisées que l'on retrouve dans les sélections peignoir kimono et robe de chambre kimono, qui empruntent au kimono son col en V et sa ceinture nouée.

Depuis les années 2010 : la veste kimono

Le mot kimono désigne désormais en Europe une veste légère, ouverte, à manches larges, portée sur un jean, une robe ou un maillot de bain. Cette pièce n'a plus grand-chose à voir avec le vêtement japonais codifié, mais elle en conserve la silhouette. Elle existe en version courte, comme dans la catégorie kimono court femme, en version longue, comme dans la sélection kimono long femme, ou en version estivale destinée au bord de mer, comme les pièces de la collection kimono de plage.

Pourquoi le kimono reste-t-il la tenue traditionnelle du Japon ?

Plusieurs facteurs expliquent la longévité du kimono comme symbole national :

  • Un calendrier de cérémonies : naissance (omiyamairi), Shichi-go-san, majorité, mariage, funérailles ; à chaque étape de la vie correspond un kimono précis.
  • Des arts qui l'imposent : la cérémonie du thé, l'ikebana, le kabuki, le nō, le sumo, les arts martiaux et la danse traditionnelle se pratiquent en kimono ou dans des vêtements dérivés.
  • Un patrimoine artisanal : plus d'une trentaine de techniques de tissage et de teinture sont classées « artisanat traditionnel » par le ministère japonais de l'Économie, et deux d'entre elles figurent à l'UNESCO.
  • Une transmission familiale : un kimono de soie se transmet sur plusieurs générations, se démonte et se recoud, ce qui en fait un objet patrimonial à l'échelle d'une famille.
  • Le tourisme : la location de kimono à Kyoto, Kanazawa ou Asakusa est devenue une activité touristique majeure qui maintient l'industrie de l'habillage (kitsuke).

Foire aux questions

Le kimono est-il chinois ou japonais ?

Le kimono est japonais. Il descend de vêtements chinois de la dynastie Tang, importés au Japon entre le Ve et le VIIIe siècle, mais il a évolué de manière indépendante pendant plus de mille ans. Le vêtement traditionnel chinois correspondant s'appelle le hanfu.

Les Coréens portent-ils le kimono ?

Non. La tenue traditionnelle coréenne est le hanbok, composé d'une veste courte et d'une jupe ample ou d'un pantalon. Sa silhouette, très évasée à partir de la poitrine, est totalement différente de la ligne droite du kimono.

Pourquoi le kimono se croise-t-il gauche sur droit ?

Par convention héritée de la Chine des Tang, où un édit de 719 imposait ce sens de croisement. Au Japon, le croisement droit sur gauche est réservé aux défunts pour l'habillage funéraire. C'est la règle la plus importante à respecter, quel que soit le sexe de la personne.

Peut-on encore acheter un kimono neuf au Japon ?

Oui, mais le marché s'est fortement réduit : il est passé d'environ 1 800 milliards de yens en 1975 à moins de 300 milliards de yens dans les années 2010. Un kimono de soie neuf coûte souvent plusieurs centaines de milliers de yens, tandis que le marché de l'occasion (recycle kimono) propose des pièces à partir de quelques milliers de yens.

Le kimono est-il inscrit au patrimoine mondial ?

Pas en tant que vêtement. Deux techniques de tissage réservées au kimono, l'Ojiya-chijimi/Echigo-jōfu (2009) et le Yūki-tsumugi (2010), sont inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

En résumé

Le pays dont le kimono est la tenue traditionnelle est le Japon. Le vêtement y est apparu à partir d'influences chinoises, s'est fixé à l'époque d'Edo, a reculé à l'ère Meiji puis s'est concentré sur les cérémonies. Il coexiste avec le ryūsō d'Okinawa, cousin subtropical du kimono, et avec les vêtements croisés de Chine, de Corée, du Vietnam ou du Bhoutan, qui partagent une origine commune sans être des kimonos. Reconnu par l'UNESCO à travers ses techniques textiles et célébré chaque 15 novembre, le kimono demeure le symbole vestimentaire du Japon tout en ayant donné naissance, en Occident, à une famille de vestes et de pièces d'intérieur qui portent son nom.